21–24 septembre 2022

Populaire ! Populär ?

 

Populaire, c’est ce que ‘tout le monde’ veut à un moment donné. C’est le dernier cri de la mode qui définit un style de vie et tombe dans l’oubli après consommation. C’est pourquoi le populaire est éphémère comme un feu d’artifice et ne survit que par sa répétition et son dépassement en série : le rituel populaire des vacances, les récits des médias de masse, de même que les formes d’expression de la culture des jeunes sont des actes de culte dont le progrès est célébré dans le présent. Ce qui est également populaire, ce sont les coutumes et les pratiques langagières : mœurs et rites, mythes et contes de fées, dialectes et langues régionales. L’expérience de l’altérité et le colonialisme en font le folklore, l’originel, les traditions populaires, l’indigène et l’exotique. Le populaire se révèle dans l’aspiration à la tradition, « l’invention de la nation » (Benedict Anderson) et de ses « lieux de mémoire » (Pierre Nora) – le tout sous le signe de la nostalgie, qui est à la fois la déploration de la perte du passé et une « romance avec sa propre imagination » (Svetlana Boym). Populaire caractérise aussi les variétés sociales au-delà de la norme élitiste (français populaire), l’action par le langage et l’histoire de la langue « d’en bas » (linguistique populaire, folk dialectology, étymologie populaire) et les sciences citoyennes ou participatives (citizen science).

Les cultures de l’espace francophone offrent d’innombrables exemples de ce croisement du spectacle et de la nostalgie : des spectres de la Matière de Bretagne, de Gilles de Rais, Jeanne d'Arc, Gargantua et Pantagruel à Fantômas et Irma Vep, en passant par Carmen ; des auteurs à scandale comme François Villon à Virginie Despentes, Michel Houellebecq et Gaspard Noé, en passant par le Marquis de Sade et les poètes maudits Rimbaud et Verlaine. Viennent s’ajouter à cela le carnaval, le Grand Guignol, le roman feuilleton, le vaudeville, les sérials du cinéma muet. Il s’agit toujours de négocier entre canon et culte, entre art et kitsch, que ce soit à travers la théorie littéraire et culturelle chez Bakhtine, Barthes et Bataille, les prix décernés par l’Académie Goncourt et le Festival de Cannes ou bien encore l’oralité mise en scène et le multilinguisme dans la littérature francophone.

Les implications politiques résultent de la tension entre le « centre » et la « périphérie » de la francophonie, de l’exode rural, de l’industrialisation, de l’alphabétisation et de la scolarité obligatoire au cours du « long XIXe siècle » (Eric Hobsbawm). Elles sont accompagnées de théories complotistes, de scandales politiques et d’une injustice sociale avec des victimes inconnues pour lesquelles Emile Zola a écrit un mémorial populaire, tandis qu’Aimé Césaire a frayé plus tard la voie à la libération mentale de l’époque coloniale, pour aboutir à l’Éloge de la créolité et au concept de la littérature-monde. À l’universalisme de la littérature-monde s’opposent cependant le populisme et les polarisations dans les nouveaux médias. Les implications du « temps médiatique » et de « l’espace médiatique » (Götz Großklaus) se manifestent particulièrement depuis « l’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique » (Walter Benjamin) et l’émergence des médias en temps réel pour tout le monde. Elles vont de la presse rotative à Internet et ses services de streaming et médias sociaux avec leurs influenceurs, blogueurs et youtubeurs, en passant par la photographie, le télégraphe, le téléphone, le cinéma, la radio et la télévision.

Le congrès des francoromanistes est une manifestation de l'Association des francoromanistes allemands: francoromanistes.de